Couverture du livre Le meilleur antidouleur, c'est votre cerveau du Pr John Sarno

Le meilleur antidouleur, c'est votre cerveau, du Pr John Sarno

Une autre approche de la douleur chronique

Lorsqu'on a mal quelque part, et que cette douleur persiste dans le temps, le premier réflexe est souvent de chercher une cause physique : un mauvais mouvement, une posture, une fragilité du dos, une inflammation… Et parfois, cela permet de résoudre le problème.

Mais certaines douleurs persistent malgré des examens rassurants, des traitements, des séances de kiné, des changements de matelas (oui, même celui « révolutionnaire » recommandé par la voisine) et de multiples tentatives pour « réparer » le corps.

C'est pour ces douleurs-là que le livre du Professeur John Sarno est intéressant.

Dans Le meilleur antidouleur, c'est votre cerveau, le médecin américain développe une thèse qui a fait couler beaucoup d'encre lorsqu'il l'a proposée. D'après lui, certaines douleurs chroniques seraient fortement liées à des mécanismes psychologiques et émotionnels, plus qu'à des lésions physiques (si l'idée commence à faire son chemin aujourd'hui, elle était loin d'être une évidence il y a une trentaine d'années !).

Autrement dit : le cerveau pourrait parfois participer activement à la production — ou au maintien — de certaines douleurs.

Dit comme ça, on peut avoir envie de refermer le livre immédiatement en marmonnant : « Très bien… donc ma sciatique est imaginaire, maintenant !? »

Justement, non. Et c'est un point essentiel du livre : Sarno ne dit pas que la douleur est « dans la tête » au sens où elle serait inventée ou simulée. La douleur est bien réelle. En revanche, il avance l'idée que certains états émotionnels inconscients (stress, colère, pression intérieure, anxiété, perfectionnisme…) peuvent influencer le fonctionnement du corps et contribuer à entretenir des douleurs chroniques.

Son concept central est celui du « TMS » (Tension Myositis Syndrome, rebaptisé plus tard Tension Myoneural Syndrome), un mécanisme par lequel le cerveau détournerait notre attention d'émotions difficiles en produisant des symptômes physiques.

À partir de là, l'auteur développe plusieurs idées :

  • le rôle du stress et des émotions refoulées dans certaines douleurs chroniques ;
  • l'influence du perfectionnisme, du besoin de contrôle et du fait de vouloir « trop bien faire » ;
  • le cercle vicieux peur → tension → douleur → focalisation → aggravation ;
  • l'idée qu'une meilleure compréhension du mécanisme peut, dans certains cas, diminuer les symptômes.

L'auteur s'appuie sur de nombreux exemples de patients souffrant notamment de douleurs dorsales, cervicales ou musculaires chroniques, parfois depuis des années, et qui ont trouvé un soulagement concret en suivant ses conseils :

  • savoir pour aller mieux : comprendre le principe du TMS ;
  • reconnaître le fondement psychologique de la douleur ;
  • accepter qu'une part de nous ressent une rage inconsciente que notre cerveau cherche à garder sous cloche ;
  • ne pas arrêter de bouger ;
  • savoir être patient(e) et persévérant(e).

Ce que j'en ai pensé

Je trouve ce livre intéressant parce qu'il propose une manière très différente de comprendre certaines douleurs chroniques, en intégrant le rôle du stress, des émotions et du fonctionnement du cerveau dans notre santé physique.

Cette vision vient bousculer l'idée selon laquelle toute douleur devrait forcément correspondre à une cause mécanique clairement visible quelque part sur une IRM.

Je rejoins Sarno dans sa description de certains profils psychologiques qui, d'après lui, sont plus enclins à souffrir de ce qu'il appelle le TMS : les personnes très consciencieuses, exigeantes envers elles-mêmes, perfectionnistes, qui ont tendance à tout prendre sur elles… et dont le corps finit parfois par exprimer ce qui ne trouve pas d'autre voie de sortie. (Vous vous sentez visé(e) ?)

J'ai aussi apprécié le fait que le livre redonne une forme de pouvoir d'action aux personnes souffrant de douleurs chroniques. Non pas en promettant une guérison miracle, mais en ouvrant une piste souvent peu explorée : celle du lien entre corps, émotions et système nerveux.

Attention toutefois : certaines affirmations peuvent sembler excessives ou trop généralisées. Le livre a d'ailleurs suscité de nombreuses critiques dans le monde médical. Il ne faut évidemment pas en conclure que toutes les douleurs sont psychologiques, ni négliger un avis médical sérieux face à des symptômes importants.

Je pense qu'il faut garder en tête, en lisant cet ouvrage, qu'il a été publié pour la première fois en 1998 aux États-Unis (l'édition française date de 2015). À cette époque, les interactions « corps-esprit » n'étaient pas une évidence, et surtout pas aussi documentées scientifiquement qu'aujourd'hui. En cela, la démarche du Dr Sarno était avant-gardiste, et son approche a étonné, séduit, ou au contraire fait bondir certains de ses confrères.

Une autre limite : la traduction me semble parfois approximative. Si vous êtes à l'aise avec la lecture de l'anglais, je vous conseille de lire l'ouvrage dans sa langue originale !

Mais même si l'on ne partage pas toutes les conclusions de Sarno, son travail a le mérite de poser une question essentielle : et si notre cerveau jouait un rôle beaucoup plus important dans la douleur qu'on ne l'imagine ?

Pour qui ?

Ce livre devrait vous intéresser si vous êtes du genre à :

  • souffrir de douleurs chroniques malgré des examens peu concluants ;
  • vous intéresser aux liens entre stress, émotions, cerveau et corps ;
  • être plutôt perfectionniste, exigeant(e) envers vous-même, ou constamment « sous pression » ;
  • aimer les lectures qui remettent en question certaines idées bien installées.

En bref

Le meilleur antidouleur, c'est votre cerveau propose une vision originale — et parfois controversée — des douleurs chroniques. Le Pr Sarno y défend l'idée que notre cerveau et nos émotions peuvent jouer un rôle majeur dans certaines souffrances physiques.

Ce n'est pas un livre miracle, ni une explication universelle de la douleur. Mais il ouvre une réflexion passionnante sur les interactions entre le corps, le stress et le psychisme.

Une lecture stimulante, parfois irritante, mais riche… surtout quand votre dos décide mystérieusement de se bloquer le dimanche soir, juste avant la reprise du lundi matin.

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